❝It is with true love as it is with ghosts; everyone talks about it, but few have seen it❞
Lorcan Blythe-Kingsley a 26 ans. Il est né et à toujours vécu à Arrowsic. Pourquoi Blythe-Kingsley ? Parce qu'il est né Blythe. Kingsley ? C'est le nom qu'il a décidé de transmettre à Zachariah 6 ans et Nathan 4 ans. Ses fils. Ouais, il est aussi précoce que ça ! Dans sa vie, il y a aussi Kyle Blythe son père, et Sorcha Blythe sa mère. Avant, il y avait d'autres gens. Il y avait son beau-père, sa belle-mère, et James Kingsley son mari. Mais ils sont morts. Tous morts. Alors reprenons depuis le début.***
❝Cause we've shared the laughter and the pain and even shared the tears.❞C'était la troisième fois que Lorcan tapait à la porte. Toujours pas de réponse.
« James. » tenta t-il, d'une voix étouffée par l'appréhension. Il était 16h12, une belle journée de dimanche. L'ours en exil dans sa chambre avait fermé les volets à double tour. Il n'avait pas montré le bout de son nez au déjeuner non plus. Et du haut de ses 13 ans, si Lorcan pouvait affirmer une chose, c'est que que s'il existait un niveau sous celui de la mer pour décrire les aptitudes sociales de James, et bien celui-ci nageait tout en bas, dans les abysses. Avec les poissons bizarres sans yeux.
Ce n'était pas de sa faute. Ses parents étaient morts. Assassinés. Personne ne savait par qui, ni pourquoi. La seule chose qu'on leur avait dit, c'est que l'enquête était en cours. Lorcan n'osait même pas imaginer ce qu'il ressentirait si c'était ses parents qu'on venait d'enterrer. Il a pleuré. Pas devant James, parce qu'il ne savait pas s'il avait le droit de pleurer pour eux. Mais il connaissait les Kingsley. Il a toujours connu les Kingsley. Et il a toujours connu James.
« Je t'ai fait réchauffer des lasagnes. Maman en fait 10 fois trop depuis que t'es à la maison. » Le tupperware qu'il avait passé au micro-onde tiédissait entre ses mains, mince offrande de paix, même si le jeune garçon ne savait pas trop s'ils étaient en guerre. Comme le silence se prolongeait, il reprit, un ton plus bas.
« Elle a dit que tu pourrais peut-être rester à la maison jusqu'à ta majorité. Que les services sociaux ont donné leur feu-vert. Enfin... si tu veux. » Il a braillé le ''OUI'' le plus enthousiaste de la création quand on lui a demandé son avis. Maintenant qu'il devait l'exposer à James, il était moins sûr du côté génialissime de l'idée.
Pourtant la porte s'ouvrit. Et James avait l'air... et bien il avait l'air misérable et fatigué. Pas en colère. Juste épuisé. Et ça, ce n'était pas oui, mais ce n'était certainement pas un non ! Lorcan masqua tant bien que mal le sourire qui menaçait de faire trois fois le tour de sa tête et lui fourra le tupperware dans les bras.
« J'suis ravi que t'ai enfin ouvert les portes de ta batcave ! » « Je vais pas mourir parce que je saute un repas. » grommela James, comme si Lorcan était une plaie incurable imposée à son existence de solitude et de ténèbres.
« Non, mais la x-box est dans ta chambre ! »***
Ce jour là malgré tout, James accepta de séjourner chez les Blythe. Avec patience et compréhension, Lorcan a dompté la révolte qui grondait en son aîné. Leur complicité, leur partage, leur jouissance de la présence de l'autre avait quelque chose d'évident. Lorsque James était dans la même pièce que Lorcan, même sans le toucher, un lien impalpable et fusionnel semblait les relier. D'ailleurs ils n'étaient jamais bien loin l'un de l'autre, si bien que personne n'a été réellement étonné lorsque Lorcan a annoncé qu'ils étaient « un peu plus que des amis. »
L'euphémisme d'une vie.***
❝Listen to my heart, can you hear it sing ?❞La soirée se déroulait incroyablement bien. Prenant fin dans le jardin, tous deux assis sur des transats, leurs mains jointes, pendantes paresseusement entre eux. C’était un de ces moments rares et merveilleux donnant l’impression d’avoir une place quelque part, d’être unique et indispensable au cœur de quelqu’un. Lorcan savourait chaque seconde avec excitation. La chaleur de la nuit qui caressait sa peau, le parfum de James qui flottait autour de lui, sa présence seule qui suffisait à rendre ce moment mémorable.
Il allait lui demander d'une seconde à l'autre. Il avait passé des semaines à attendre le bon moment. Le moment parfait. Ils y étaient. Enfin.
Soudain l'imprévu s'invita, déclenchant l'arrosage automatique. Dès qu'il sentit l'autre froide sur lui, Lorcan bondit comme un lapin en étouffant un glapissement de surprise. Le froid le ramena violemment sur terre, ruinant ses plans par la même occasion. Et alors qu'il s'activait à rentrer, il sentit la main de James retenir la sienne. Le jeune homme se retourna alors, et fut happé par la vue qui s'offrait à lui. James était là, avec un sourire discret mais charmeur alors que l'eau ruisselait sur son visage, sa chemise claire épousant ses épaules solides. Avait-il seulement le droit d'être aussi beau ?
« James... » murmura t-il en serrant légèrement sa main. Il ne répondit pas, alors que Lorcan se penchait pour l'embrasser, brusquement frappé par le désir. Il le voulait sien. Il voulait être à lui. Il voulait sentir ses mains s'emparer de son corps. Il voulait –
« Épouse moi. » Oh mon dieu. Il l'avait dit. Où était son filtre cerveau-bouche quand on avait besoin de lui ? James arqua un sourcil. Aïe.
« Attends non. Enfin si ! » Il tira de sa poche l'écrin en velours qu'il gardait sur lui depuis des semaines. Bon sang, c'était étrange quand ils étaient tous les deux debout, avec l'arrosage qui crépitait en arrière plan.
« Je t'aime. » articula t-il en déglutissant.
« Et je sais qu'on en a jamais parlé, mais je t'aime depuis mes quatorze ans, et j'avais pas prévu non plus de tomber amoureux de toi. Ce que je veux dire c'est que ça fait six ans maintenant qu'on est ensemble et okay, on a commencé tôt mais je sais, j'ai toujours su que j'étais fait pour toi. Et je pense qu'on devrait se marier. »« Tu penses ? » Les deuxième sourcil avait rejoint le premier beaucoup trop bas sur son front. Et il souriait. Lorcan était en train de le demander en mariage dans le jardin de ses parents sous des trombes de flotte, et lui, il était amusé.
« Je suis sûr. On devrait se marier. Tu devrais m'épouser, parce que je suis génial et imprévisible. Je devrais t'épouser parce que c'est inhumain de porter aussi bien la chemise mouillée. On devrait être un couple marié, parce que t'es l'homme de ma vie, que tu me rends heureux et qu'on a toujours été une famille. Les Kingsley-Blythe, depuis que t'as emménagé chez nous, mais que je veux – je veux porter ton nom, être notre famille à toi et à moi. »James était en train d'élever l'air indéchiffrable au rang d'art. Manque de chance pour lui, Lorcan le connaissait sur le bout des doigts. Il le connaissait mieux que ses propres doigts ! Et il avait définitivement cette petite lueur dans le regard qui voulait dire qu'il était actuellement heureux.
Et il regardait l'écrin. Ah.
« Et j'ai une bague. » Lorcan ouvrit l'écrin et présenta l'anneau.
« C'est une bague de Claddagh. » James savait très bien ce que c'était. La bague était aussi irlandaise que le prénom de Lorcan, ses arrières grands parents maternels, et la ville où il l'avait acheté en catimini pendant leurs dernières vacances au pays. James était venu avec eux, mais Lorcan voulait croire qu'il avait vraiment réussi à être discret pour une fois dans sa vie. Aux grand yeux de ce dernier, il devina qu'il avait réussi.
« J'ai l'impression d'être dans Buffy. » constata philosophiquement James, parce qu'il était poète dans les moments les plus inattendus. Lorcan étouffa un rire tandis qu'il sortait la bague de son écrin.
« T'es tellement Angel. Avec l'air badass, mais totalement gentil à l'intérieur. » James s'empara de la bague pour l'observer. Lorcan aurait râlé, et rappelé au passage qu'il était supposé dire oui avant de lui piquer la bague mais son peut-être-fiancé relevait le nez sur lui.
« Et toi t'es Buffy ? » Sérieusement. Est-ce qu'il venait de demander en mariage cet homme là ?
« Buffy est complètement badass aussi, elle tue des vampires ! Ça serait un honneur d'être ta Buffy, bon – sans la poitrine et le vagin. » admit-il, attendant la réponse que James faisait exprès de faire traîner rien que pour le rendre complètement chèvre. Le pervers.
« Buffy sait ouvrir les pots de nutella toute seule. Tu serais plutôt Xander. » « QUOI ? » s'écria Lorcan à plein poumons. Et il se jeta sur lui. Littéralement. Il fit tomber ce sale type dans l'herbe mouillé et révisa toutes les prises de catch qu'il connaissait pour lui faire payer l'affront.
« Rends moi la bague ! James ! Rends moi cette bague tout de suite ! »***
James a fini par dire oui, évidemment. L'amour, la famille et l'argent comme James était devenu un jeune reporter. Tout leur souriait. Le couple emménagea dans l'ancienne demeure des Kingsley dont James avait hérité, et Lorcan arrivait aux termes de ses études d'infirmier lors que le mot ''enfants'' fit son apparition pour la première fois dans leurs conversations. Fonder leur propre famille. Offrir à James ce qu'il avait perdu lorsqu'il avait 15 ans. Bien-sûr avoir ses propres enfants ne ramènerait jamais ses parents. Mais c'était une revanche sur la vie. Sur le passé. Sur cette amertume qui teintait encore parfois son regard, et le désir de justice qui – Lorcan le savait – le poussait à vouloir se spécialiser, devenir journaliste d'investigation au sein du monde criminel.***
❝It can't be true that I'm losing you, the sun cannot fall from the sky.❞Donc, Lorcan était relégué au statut de père au foyer. Bienvenue chez les Kingsley-Blythe, famille indigne. Oui indigne. Lorcan avait insisté, boudé, tempêté. Il n'avait même pas accordé le moindre mot à James. Pas même un baiser, alors qu'il préparait sa valise pour trois semaines. Trois longues semaines. Ils n'avaient jamais été séparés si longtemps. Il y avait eu les études, mais ni l'un ni l'autre n'avait voulu s'éloigner d'Arrowsic et il se débrouillaient toujours pour se voir au minimum les week-end à cette époque. Mais non. James avait voulu partir. Maintenant qu'ils étaient parents. Ça non plus ça n'avait pas été facile et les relations de son père reconnu dans son métier d'avocat, mêlé à l'acharnement naturel présent des les gènes de Blythe avaient fait pencher l'administration en leur faveur. A 24 ans, Lorcan était père des deux petits garçons les plus merveilleux que le monde ait porté.
James leur avait préféré sa carrière. Pour trois semaines. Sur dix ans d'amour, c'était peu. Sur une vie, ce n'était rien. Mais risquer sa vie dans une zone de guerre pour gagner une possible promotion ? Du bagage professionnel qui lui permettrait peut-être d'acquérir son précieux poste spécialisé ? C'était stupide et suicidaire. Lorcan avait été hors de lui. Furieux et borné comme il savait l'être quand une idée le révulsait jusque dans ses os. Rien n'y avait fait. James avait plié ses bagages sous le regard impuissant de son mari, et l'avion l'avait emmené à l'autre bout du monde.
Lorcan était glacé de son départ. Seul pour la première fois depuis dix ans, le jeune homme se sentait perdu et désemparé.
Heureusement il y avait leurs enfants.
« Rends toi mécréant ! » Casserole sur la tête et une louche en guise d'épée, papa Lorcan était en plein duel chevaleresque avec Zachariah, son fils aîné. A la base, il essayait de faire manger ses légumes à Nathan, le plus petit, mais comme d'habitude, le dîner avait dérivé en guerre des boutons.
« C'est quoi mécréant ? » demanda ingénument le petit Zach. Pause. Reflexion.
« Un mécréant ? Bah c'est euh... un méchant ! » Et paf, un coup de spatule en plein dans les côtes !
« Naaaooon, j'suis touché ! Oh mon dieu ! » C'est que ça faisait mal ! Zach savait profiter d'une diversion quand son père la lui offrait sur un plateau d'argent !
*Ding dong*« J'veux ouvrir ! » claironna Zach, spatule en main.
« Non, toi tu surveille ton petit frère ! »*Ding dong*« Hey mollo sur la sonnette – oh pardon monsieur l'agent. »« Monsieur Kingsley-Blythe ? Lorcan kingsley-Blythe ? »« Lui-même. » Lorcan retira subtilement sa casserole de sa tête.
« Je suis l'agent Warden, et j'ai le regret de vous annoncer que suite à un événement tragique James Kingsley-Blythe a trouvé la mort. »La suite restera à jamais confuse dans l'esprit de Lorcan. Le départ de James hors du camp militaire. Sa disparition, son corps retrouvé mutilé plus tard dans la nuit. Il ne se souvenait que d'un moment. Un moment où chaque mot le transperçait, brisait un peu plus ce qu'il restait de son âme, piétinait son cœur exsangue. Ces horribles phrases qui le lacéraient, pour le laisser éviscéré. Amputé d'une part de lui qu'il ne retrouverait jamais.
James était mort. Et Lorcan venait de mourir avec lui, sans que personne ne s'en soit rendu compte.
***
Heureusement ses parents furent présents pour prendre le relais alors que Lorcan s'effondrait. Le temps s’égrena alors que le destin ou quoi que ce soit d'autre, l'attachait avec des chaînes invisibles et cruelles, à quelque chose de plus grand que lui, que tout le reste – ce sentiment qui lui donnait l'impression suffocante que son âme n'arrêterait jamais de souffrir. Son amour perdu lui faisait mal, son amour perdu le tuait un peu plus chaque jour, pourtant Lorcan s'entravait lui-même, refusant de se détourner de cette vie avec James qui appartenait désormais au passé. Allant jusqu'à abandonner le nom du Blythe pour ne garder que Kinglsey comme si cela pouvait le rendre plus proche de lui. Ses parents étaient contre, et ne vous y trompez pas, Lorcan a toujours adoré ses parents. Et ils ont bien conscience que ce qu'il a réellement abandonné par ce geste c'est l'idée même d'une vie sans James.
Quitter la ville à cause de la construction d'un aéroport international fut un crève cœur supplémentaire à endurer. Une nouvelle perte. Son travail à l'hôpital. La ville imprégnée de ses souvenirs, la maison des Blythe, la sienne. Et toutes les affaires de James auxquelles il n'avait pas eu le courage de toucher. Durant un an, la vie l'obligea à essayer de faire le deuil auquel Lorcan se refusait – et lorsque les batailles juridiques prirent fins, il fut l'un des premiers à retrouver sa place au sein d'Arrowsic... pour mieux embrasser les chaînes de son passé. Aujourd'hui, il a repris son poste à l'hôpital. Il n'irait pas jusqu'à dire que tout est rentré dans l'ordre, et les changements apportés à la ville lui font mal, malmènent les souvenirs qu'il chérit. Mais peut-être est-ce pour le mieux, bien qu'il refusera toujours de l'admettre.